La Glace et le Mixte à l'honneur!

La Glace et le Mixte à l’honneur!

Cette fin février 2018 a connu une vague de froid intense de quelques jours seulement, qui conjuguée avec l’eau en présence de façon inhabituelle pour la saison, a permis de former des édifices de glace d’une dimension hors norme à l’image de la cascade du Pas du Roc sous le plateau des Glières, non loin d’Annecy…

C’est dans une ambiance plus qu’euphorique que nous avons eu la joie de tracer de nouveaux itinéraires sur cette cascade non reprise depuis son ouverture en 2003. Une première longueur commune avec la voie de 2003 mais sécurisée par 7 spits (un après midi de travail pour moi) et un nouveau relai décalé, à l’abri, et ce fut un carnaval de longueurs inédites possibles grâce au volume d’eau et aux écoulements spécifiques de cette saison. Ces nouvelles possibilités nous ont ainsi permis de passer sur un itinéraire entièrement en glace après le mixte de la longueur de départ. « Visa pour la Norvège » M6,6,300m,X est ouvert le mardi 27 février en compagnie de Nicolas Beauquis, Pierre Chauffour (appareil photo en main svp!) et Baptiste Obino. L’engagement très important de la première longueur en M6 (15m sans possibilité de protection sur placage mince) me pousse à revenir le lendemain avec le perforateur pour faire descendre le niveau de risque d’un cran. Un après midi sympa passé en compagnie de Vincent Lebeau (l’homme de la photo sans qui rien n’aurait été possible, vive le ski de fond au plateau des Glières!) et Nicolas Helmbacher que j’ai réquisitionné pour l’occasion!

Les températures se réchauffent au matin du vendredi 1 mars mais demeurent légèrement négatives, nous décidons de retourner sur cette obsédante cathédrale gelée pour tracer une nouvelle longueur de mixte à gauche de l’itinéraire historique. Me voici donc pendu au perforateur dans le surplomb de la 3ème longueur de « Jour de Grâce » M7+,6+,300m,X que je sécurise par 2 spits dans un toit donnant accès à une magnifique draperie suspendue « plein gaz » prolongée par un tube très raide et sculpté de 25m. Nous exultons, Nicolas Beauquis, Pierre Chauffour (encore pendu à une corde statique pour immortaliser l’instant) et moi-même, tout 3 accrochés au dernier relai avant la longueur de sortie. L’ambiance a changé, le soleil s’est invité et le thermomètre dépasse allègrement le 0, nous sortons de la voie au plus vite et atteignons la passerelle qui donne accès au sentier de descente taillé à même la roche.

Cette saine émulation créée par ces moments de partage entre copains ne nous a pas fait oublier la dangerosité potentielle d’une telle entreprise. Ouverture, répétition ou je ne sais quel terme n’est pas important au regard du calcul qui se doit d’être juste quand on décide de grimper une ligne aussi magnifique qu’éphémère. Que de questionnements, de mise en commun d’expérience, d’observation avant de mettre les crampons.. Et même de doutes parfois. Dans une ère ou tout semble possible et à la portée du plus grand nombre (s’il on en croit les réseaux sociaux…ah ah ah), je crois que la faculté de discernement est plus que de mise. D’une manière plus générale, les disciplines Natures dites « à risque », de mon point de vue, nécessite un engagement total. Quand je parle d’engagement, je ne pense pas à la prise de risque mais bien au fait de s’entrainer physiquement et mentalement, d’apprendre à observer, de se méfier de l’envie, de savoir renoncer parfois et bien évidement de laisser le temps au temps pour acquérir de l’expérience. Ce temps nécessaire est incompressible et irremplaçable: tout l’opposé de notre société qui fait croire en la toute puissance de l’homme. Ce que j’aime finalement par dessus tout dans ce genre de pratique est que s’il on se ment à soi même et qu’on oublie l’humilité, Dame Nature saura toujours nous remettre sur une voie plus juste quelqu’en soit le prix à payer.